Accueil
 
Définissez vos favoris internes  

 

Assemblée Générale de la F.F.B.B.

Allocution du Président Yvan Mainini

  mercredi 2 juillet 2008.

Nous ne sommes pas les seuls à nous interroger sur l’avenir de nos associations. Nous en tenons pour preuve cette allocution explicite du Président Mainini lors de l’Assemblée Générale de la F.F.B.B. du 28 juin dernier que nous vous livrons in extenso ci-après.

"L’impact de la mondialisation (ou globalisation), la nécessaire adaptation non pas à un modèle mais à une réalité de marché se retrouve avec force dans le milieu du sport. Notre modèle est bousculé, nos valeurs secouées, nos repères modifiés car nous sommes aujourd’hui des citoyens du monde. La France, par obligation économique et par volonté politique, va changer. Notre activité, élément de ciment social, ne sera pas épargnée.
Parmi vous se trouvent de nombreux nouveaux responsables de ligues et comités départementaux, il n’est nullement question de vous alarmer, mais de vous faire prendre conscience des modifications fortes qui vont avoir lieu.
Prendre conscience est un premier point, suit le constat mais nous devons anticiper, prévoir des solutions d’avenir. Longtemps, nous nous sommes crus en dehors des événements du monde, notre intelligence collective réside dans notre capacité à nous transformer en conservant les valeurs fondatrices de notre activité.
Il n’est nullement question pour moi de vous asséner des vérités mais bien plutôt de faire un constat puis de vous faire part de mes réflexions et évaluer des ébauches de solution.

Le constat :

En tout premier lieu, les résultats des Equipes Nationales : nous ne pouvons nous satisfaire de 2 huitièmes places aux Championnats d’Europe séniors masculins et féminins, mais l’analyse doit aller au-delà des classements. Notre formation serait d’une excellente qualité si les joueurs(ses) trouvaient un débouché dans nos équipes pro permettant un partage nécessaire de culture nationale. La concurrence européenne voire mondiale a sérieusement progressé (nous ne sommes pas les seuls à travailler).
La complexité des relations créée par des calendriers extrêmement chargés. Les déséquilibres économiques des divers championnats amènent notre « fine fleur » à s’expatrier, peut-on les blâmer ? Non, car il y va de leur avenir, le leur et souvent celui de leur famille.
Bien évidemment, les cadences de plus en plus importantes peuvent être à la base de dérives comme le dopage, la corruption issue des paris en ligne, mais aussi de violences de toute nature. Notre système pyramidal très aidé par « l’Etat providence » se serre la ceinture. Des faits : la disparition programmée, au travers de la RGPP (Rénovation Générale des Politiques Publiques), des Directions Départementales Jeunesse, Sport, et Vie Associative amène moins d’appuis aux clubs et aux comités départementaux, la suppression ou le redéploiement de 8 CREPS peut poser des problèmes pour nos pôles espoirs, nos stages, nos formations, la baisse des crédits d’Etat dans les conventions d’objectifs des fédérations (jusqu’à 12% pour certains, 4% pour nous).
Nous pouvons comprendre en toute responsabilité citoyenne que les efforts doivent être partagés par tous, ce qui nous importe c’est d’avoir une lisibilité sur l’avenir et sur la volonté du pouvoir législatif. Les atermoiements sur les formations et délivrance de diplôme d’Etat, sans modifications de l’article 43 de la loi de 1984 (entrainement contre rémunération) sont autant de phénomènes d’instabilité.
Le non remplacement et le redéploiement de cadres techniques, nous obligeant à avoir recours de plus en plus à des cadres de statuts privés, n’est pas neutre dans une démarche de privatisation.
Le modèle sportif français dit pyramidal est aujourd’hui protégé par une double légitimité : la délégation de pouvoir de l’Etat et l’unicité des Fédérations dans chaque pays par les Fédérations Internationales (et le CIO).
Des phénomènes touchant à la vie sur la planète vont vous engager à réduire vos déplacements, à revoir votre organisation. Notre Fédération est pilote dans le bilan carbone entrepris. Là aussi, nous allons devoir modifier nos comportements afin d’imaginer des compétitions plus solidaires.
Des évolutions sont nécessaires dans deux dispositifs fondateurs du sport fédéral moderne : les cadres techniques (1957/60) et la loi de 1984. Nous ne saurions être tenus à l’écart des modifications structurelles qui vont toucher de plein fouet notre activité, le sport est socio-éducatif avant d’être économie, l’économie n’est que la résultante du reste. En Europe, nos clubs souffrent face à des mastodontes qui ne paient aucune charge et aucun impôt, nous devons lutter non pour montrer la suprématie de notre modèle mais pour défendre les valeurs humanistes qui le sous tendent. Voilà pour le constat édulcoré, il pourrait contenir encore beaucoup d’autres exemples.

Des réflexions :

Pour voir si du constat nous pouvons évoluer vers des ébauches de solutions. La forme des sports d’équipes requiert une nécessaire cohérence nationale et internationale, on peut imaginer des « Franchises » comme en NBA avec de gros investisseurs ou mécènes ? Les mentalités de notre vieux continent ne semblent pas prêtes à cela.
D’énormes sommes circulent dans le sport international, quel type d’argent ? Je crois qu’une des fortes leçons du sport US, c’est sa capacité à se financer par d’importantes recettes directes, pour cela, il faut des infrastructures dimensionnées pour amener à la fois un public nombreux mais consommateur de tout ce qui est annexé au sport. La solution se trouverait-elle dans la destruction du système pyramidal ? Nos clubs pros sont aussi de formidables vecteurs d’envie, d’image, de moyens pour réunir la jeunesse et l’engager sur des pratiques saines et régulières.
Personnellement je crois plus à la formation des hommes qu’à des hommes providentiels. La loi interdit aujourd’hui aux SASP de distribuer des dividendes. Qu’en sera-t-il demain si cela devient possible ? A quels excès connus du capitalisme débridé seront soumis les clubs sous la pression de la rentabilité ?

D’autres sports nous ont déjà précédé sur des voies à explorer de la professionnalisation technique assurant la garantie de la qualité des enseignements mais aussi des financements (judo, karaté, escrime, …). Solidifions, structurons.
Montrons que nous sommes des acteurs majeurs et responsables de notre développement. Cela ne veut nullement dire que nous devons oublier le bénévolat. Il serait illusoire de vouloir opposer professionnels et bénévoles. L’acquisition des compétences nécessaires à nos dirigeants pour être mieux armés face aux mutations de demain est nichée dans la formation. Un club, un comité, une ligue, une direction, doit respecter la démocratie associative mais aussi tenter d’ajouter un maximum de compétences très larges aujourd’hui. Le seul terrain ne saurait être la vie d’un club, son aspect social est primordial.
Nous devons ensemble bâtir un projet pour le sport de demain et ne pas laisser cette action à des technocrates. Nos sensibilités, notre vécu, sont autant de paramètres à prendre en compte. Notre sport se doit d’être humain, social, responsable, citoyen et il est composé d’hommes et de femmes riches d’expériences, de valeurs, de dévouement, de passions (qu’il nous faut raisonner), il ne peut être tenu comme quantité négligeable dans un nouveau projet le concernant. Notre responsabilité doit nous conduire à nous engager dans une profonde réflexion pour savoir ce que nous voulons et de quelle manière nous en serons acteurs. La force sera collective ou nous assisterons à un démantèlement profond, le haut niveau d’un côté, les clubs pro d’un autre, la masse au rythme des modes excluant les valeurs qui en font un ciment social et un vrai réservoir d’hommes et de femmes heureux.
Tout cela est bien beau, il cause, non, je veux donner une partie de ma vision des ébauches de solution.

Des ébauches de solutions :

La France se dessine comme plus régionale, il nous faudra coller à la réalité du déplacement des pouvoirs et des moyens, plus qu’une régionalisation. Il nous faudra redéfinir des périmètres pertinents pour nos actions.
Ceci va nous conduire à des modifications sensibles de nos formes de compétitions, les hiérarchies devront être plus écrasées pour limiter les déplacements (envisager lors de longs déplacements des doubles matchs par exemple).
Nous allons devoir ouvrir nos esprits à des pratiques différenciées : resserrement autour de la famille, du club, des proximités. Pour rester ce que nous sommes, même si l’aide de l’Etat s’avère moindre pour la masse, la poursuite de deux missions solidaires qui nous donnent notre légitimité sont essentielles : service public et continuité du territoire.
La mutualisation à tous les niveaux est nécessaire, il va falloir réfléchir au resserrement de nos équipes, de nos élites, envisager des pôles pour des périmètres pertinents en envisageant des vrais contrats entre plusieurs entités (qui 2 ligues, 2 régions ou plus). La pré-élite devra être traitée de manière plus souple et plus ouverte limitant déplacements et moyens humains, nous devrons poursuivre les actions (comme club formateur) qui doivent amener des clubs vers l’excellence. Il faut trouver une vraie synergie entre clubs et structures fédérales et ne pas se poser en concurrents.

Aussi, il faut maintenir les règles sportives (parfois en les adaptant) car elles donnent toute la cohérence à l’ensemble. Pour cela, il nous faut des élus plus solidaires, plus prêts à travailler en commun, et que nous acceptions de nous engager sur la voie d’une vraie formation (universités d’été, DU Paris X, Ecole de cadres). Les dirigeants pourront ainsi conduire les réformes nécessaires et adapter notre Fédération aux défis de demain, tout en conservant nos valeurs éducatives et solidaires. La nouvelle génération de dirigeants ici présente doit prendre conscience de tous ces enjeux, sinon notre sport risque de se disloquer : haut niveau d’un côté, masse de l’autre.
Ensuite, c’est sans doute dans notre premier chantier important à venir, réfléchir avec les dirigeants de nos clubs à la qualité de la « prestation » et par contre coup à l’encadrement et à l’accueil nécessaire.

La pratique a un coût et nous ne pouvons rester à l’ère des patronages même si ceux-ci sont parties intégrantes fortes de notre histoire donc de notre présent.
Là aussi, il faudra envisager un pacte social avec les villes ou agglomérations de manière à ne pas sélectionner notre jeunesse par les moyens de leurs parents.
Notre démocratie associative doit se doubler d’une volonté de performance et d’expérience, de compétence, au-delà de ce que chacun peut apporter, nous devons nous donner la force de faire mieux que des valeurs individuelles ajoutées.

Et pour conclure ce long, trop long discours pour certains, c’est aujourd’hui que nous bâtissons le sport, notre sport de demain, ne nous laissons pas imposer des modèles qui ne sont pas les nôtres et surtout qui ne répondent pas à nos soucis, à nos besoins et à nos attentes. Soyons pro-actifs (je sais c’est un anglicisme mais qui dit bien ce qu’il veut dire).
Notre démarche devra se doubler pour chacun à son niveau de rendez-vous auprès des élus de la nation et du suffrage universel afin de nous exprimer, il est question de sensibiliser et de montrer que le milieu sportif est mature et responsable.
Le sport n’est pas politicien, c’est une immense « auberge Espagnole », on y trouve ce qu’on y amène. Mais s’il n’est pas politicien, il doit faire partie du débat politique parce qu’il est un maillon fort du ciment social de la nation.
Le laisser se fragiliser par des multiplications de textes règlementaires serait de notre part une faute, soyons présents et vigilants.
Nos valeurs humanistes renforcées par la délégation de pouvoir de l’Etat, notre organisation progressivement (patiemment) structurée grâce à l’apport des cadres techniques (1957/60), la loi de 1984 successivement adaptée, ne peuvent être balayés d’un revers de main au nom de la seule efficacité financière.

Notre organisation est calquée sur celle de l’Etat, l’Etat se transforme, transformons nous en profondeur et restons des acteurs majeurs de la vie sociale. Montrons-nous responsables et légalistes, mais invitons-nous dans le débat avec un vrai projet : le nôtre. Et je suis sûr que beaucoup d’autres suivront car nos valeurs sont globalement partagées par tout le mouvement sportif.

Au cours de la prochaine saison, mettons en place de vrais forums de réflexion à partir des bases ci-dessus énoncées, afin de structurer le débat pour notre prochaine AG. Oui, c’est du temps supplémentaire, oui c’est un investissement de plus et n’hésitons pas à inviter des sympathisants de tous horizons.

La forme définitive devra en être donnée par le comité directeur. Je vous remercie très sincèrement de votre écoute et de votre investissement pour le bien du BasketBall."

Source : Site basketfrance.com




  www.valdeseine-basket.comPlan du siteContact


Recommander ce site - Du Basket!!Encore!!
Dialogue en direct

Site réalisé sous SPIP à partir de PHPLeague et DHTML Central